
L’année dernière, lors d’un mouillage aux Glénan, j’ai vu un voilier rentrer au port dans un silence total, sans la moindre odeur d’essence. C’est là que j’ai compris que le moteur hors bord électrique avait atteint une maturité intéressante pour nous, plaisanciers. Si vous lisez cet article, c’est que vous songez à franchir le pas pour votre annexe ou votre voilier. En tant qu’ingénieur naval et propriétaire d’un Bénéteau Oceanis 35.1, je partage ici mon retour de terrain pour vous aider à investir sans vous tromper.
Moteur hors bord électrique : pourquoi opter pour un moteur hors bord électrique aujourd’hui ?
La transition vers l’électrique ne relève plus de la gadgeterie écolo. Sur nos côtes bretonnes, les ports et zones de mouillage imposent de plus en plus de restrictions sonores et environnementales. Avoir une propulsion silencieuse change radicalement l’approche d’un mouillage à Belle-Île ou à Groix : on entend le vent, les vagues, et on ne dérange personne.
Le deuxième avantage, et non des moindres, c’est la suppression totale de l’entretien mécanique classique. Fini les carburateurs encrassés, les bougies à changer, les filtres à essence bouchés. Un moteur électrique demande très peu d’attention. Pour ceux qui, comme moi, passent leurs week-ends à bricoler sur le bateau, c’est un gain de temps précieux pour la navigation.
Cependant, acheter ce type d’équipement nécessite de comprendre quelques spécificités techniques, notamment la différence avec un moteur thermique classique et l’importance du support pour sécuriser l’ensemble.
Moteur hors bord électrique : comparer la puissance : électrique contre moteur inboard
L’une des questions fréquentes concerne le choix entre une solution externe et un moteur inboard (moteur encastré dans la coque). Sur mon Oceanis, j’ai un diesel inboard classique pour les grandes traversées. Mais pour l’annexe, l’électrique prend tout son sens.
Il faut comprendre que la puissance d’un moteur électrique ne se compare pas directement à celle d’un thermique. Un moteur hors bord électrique de 3 kW (environ 6 chevaux équivalents) offre un couple quasi immédiat. Cela signifie que pour déplacer une annexe de 3 mètres avec deux personnes à bord, l’électrique sera plus nerveux au démarrage.
Le dilemme entre inboard et hors-bord
Si vous hésitez entre remplacer votre vieux diesel inboard par un système électrique interne ou garder une solution externe, voici ce qu’il faut retenir :
- Le moteur inboard électrique est idéal si vous voulez conserver l’axe de transmission existant. C’est un projet de rénovation plus coûteux, qui demande d’extraire l’ancien bloc, d’installer le nouveau et de gérer le stockage des batteries dans la cale moteur.
- Le moteur hors bord électrique est parfait pour les annexes, ou même pour propulser un petit voilier (jusqu’à 5-6 mètres). Il se monte et se démonte en quelques minutes. C’est la flexibilité absolue sans percer de nouveau trou dans la coque.
Personnellement, pour l’annexe, le hors-bord est incontestablement la meilleure solution. Pour le voilier principal, si la cale moteur est saine et le banc moteur solide, l’inboard peut valoir le coup, surtout si vous faites beaucoup de route au moteur.
Moteur hors bord électrique : choisir le bon support moteur bateau pour la propulsion électrique
On néglige souvent ce point, mais le support moteur bateau (ou tableau arrière) doit être adapté à la technologie électrique. Si les moteurs thermiques vibrent beaucoup et sollicitent le tableau arbre après arbre, un moteur électrique est beaucoup plus doux. En revanche, il a un défaut de poids : les batteries intégrées dans le capot (sur les petits modèles) alourdissent considérablement l’ensemble.
Sur l’Oceanis, le tableau arrière de l’annexe devait supporter un 6cv thermique. En passant à un modèle électrique équivalent avec batterie lithium intégrée, j’ai dû vérifier l’épaisseur du polyester et renforcer la platine arrière.
Mes conseils de praticien pour l’installation
Voici quelques points de vérification avant de fixer votre nouveau moteur :
- Vérifiez l’épaisseur du tableau arrière : un minimum de 25 mm de bois contreplaqué marine encapsulé est nécessaire.
- Utilisez un support moteur bateau adapté si vous devez surélever le moteur ou l’installer sur un balcon arrière.
- Pensez au poids : un moteur électrique de 5 cv équivalent avec sa batterie peut peser entre 20 et 30 kg. Assurez-vous que votre chaise moteur hors bord ou votre tableau peut encaisser cette masse lors des remontées sur ber.
- L’étanchéité : profitez de l’installation pour vérifier l’état des passes-coque et refaire les joints si nécessaire.
Autonomie et batteries : le cœur du problème
C’est ici que se joue le véritable choix de votre achat. Avec un moteur thermique, on regarde la taille du réservoir. Avec un moteur électrique, on parle en ampères-heures (Ah) et en voltage (V).
La grande majorité des moteurs hors bord électriques pour annexes fonctionnent en 12V ou 24V. Pour un voilier de croisière, le 24V ou le 48V est préférable car il limite l’échauffement des câbles et augmente le rendement.
Estimer son temps de navigation
Pour vous donner un ordre d’idée concret, sur mon annexe de 2,7 mètres, avec un moteur électrique de 55 lbs de poussée (environ équivalent à un 2cv thermique) et une batterie lithium de 100 Ah en 12V, je dispose de :
- À pleine puissance : environ 1h30 d’autonomie, soit 4 à 5 nœuds. Parfait pour les courtes navettes port-voilier.
- À vitesse réduite (2 nœuds) : près de 8 à 10 heures d’autonomie. Idéal pour la pêche à la traîne ou rentrer au port par temps calme.
Si vous prenez un moteur plus puissant, type 6cv équivalent pour faire avancer une annexe lourde ou un petit day-boat, il faudra obligatoirement passer sur des batteries de plus grosse capacité. N’oubliez pas que le lithium coûte cher à l’achat, mais offre un cycle de décharge profond (jusqu’à 80-90%) sans abîmer la batterie, contrairement au plomb classique. C’est un investissement initial important.
L’entretien d’un moteur hors bord électrique : mythe et réalité
On entend souvent que l’électrique n’a aucun entretien. C’est presque vrai, mais pas tout à fait. Si vous n’avez plus de vidange d’huile moteur à faire, ni de réglage de carburation, il reste quelques points à surveiller pour garantir la longévité de votre matériel.
Les points de contrôle saisonniers
Tous les ans, avant l’hivernage, je procède à ces vérifications simples :
- Rinçage à l’eau douce : après chaque navigation en eau salée, rincez le moteur, surtout la partie basse (embase) et les contacts électriques.
- Vérification des connexions : l’humidité et le sel sont les ennemis du courant. Pulvérisez un produit hydrofuge sur les connectiques.
- Stockage des batteries : ne laissez jamais une batterie lithium déchargée pendant l’hiver. Stockez-la à 50-60% de charge dans un endroit sec et tempéré.
- Graissage de l’arbre : même sur un moteur électrique, il y a un arbre de transmission qui peut gripper. Une petite graisse marine fait l’affaire.
Concernant la partie transmission, bien qu’il n’y ait pas d’huile moteur à proprement parler, certains modèles ont une huile dans l’embase pour lubrifier les engrenages. Il est crucial de vérifier son niveau et son état (si elle est laiteuse, c’est qu’il y a une entrée d’eau). D’ailleurs, la gestion de l’huile d’embase moteur hors bord reste une étape classique, même pour les modèles électriques à transmission par arbre.
Si vous cherchez un compromis entre la puissance électrique et la fiabilité d’un thermique pour des navettes plus longues, il est intéressant de comparer les rendements. Vous pouvez jeter un œil à mon comparatif sur le moteur bateau 6cv le plus puissant pour voir où se situent les limites actuelles de chaque technologie.
Quel budget prévoir pour son moteur hors bord électrique ?
Passons à l’aspect qui fâche. L’intention d’achat implique de comparer le rapport qualité/prix. Actuellement, le marché se divise en trois grandes catégories :
- Les moteurs à poussée (trolling motors) : entre 300 € et 800 €. Parfaits pour les annexes légères ou la pêche. Puissance limitée (équivalent 1 à 2 cv).
- Les moteurs de moyenne puissance (3 à 6 cv équivalents) : entre 1 200 € et 3 000 €. C’est ici que se trouve le meilleur compromis pour le plaisancier qui veut faire des navettes fiables avec une annexe de 3 à 4 mètres.
- Les moteurs de haute puissance (8 cv et plus) : au-delà de 4 000 €, souvent jusqu’à 10 000 €. Destinés à propulser de petits voiliers ou des bateaux à moteur de plaisance.
À cela, il faut ajouter le prix de la batterie. Comptez environ 500 € pour une bonne batterie lithium 12V 100Ah, et le double pour une 200Ah. C’est un investissement certain, mais qui se rentabilise sur le long terme grâce à l’absence de carburant et la quasi-nullité des frais d’entretien mécanique.
Mon verdict de marin pour votre achat
Après deux saisons à utiliser l’électrique pour l’annexe, mon bilan est très positif. Le confort d’utilisation est incomparable : on tourne une clé, on avance. Pas d’odeur d’essence dans la voiture lors du transport, pas de réservoir qui fuit dans le coffre, pas de tirage de cordon de démarrage le matin par temps frais.
Cependant, l’achat d’un moteur hors bord électrique doit être mûrement réfléchi en fonction de votre programme de navigation. Si vous faites des traversées longues en annexe (plus de 3 milles) ou que vous remontez des courants forts (comme à l’entrée du Blavet), gardez un thermique fiable. La réserve d’énergie d’un jerrican de 10 litres sera toujours supérieure à celle d’une batterie de 100 Ah pour un poids équivalent.
En revanche, pour les mouillages classiques, les navettes portuaires et le respect de l’environnement, l’électrique est aujourd’hui une évidence. Prenez le temps de bien mesurer vos besoins en autonomie, vérifiez la solidité de votre tableau arrière, et investissez dans une batterie de qualité. Vous ne regretterez pas le silence de vos prochaines approches de mouillage au coucher du soleil.
N’hésitez pas à me poser vos questions en commentaire, je réponds toujours depuis le carré du bateau ou mon atelier de Lorient !
