Sodebo trophee jules verne : la course au record

Sodebo trophee jules verne : la course au record

L’an dernier, par une matinée de février, je surveillais l’AIS depuis le carré de mon Oceanis, amarré à Lorient. Au large d’Ouessant, une trace filait à plus de 40 nœuds : c’était un trimaran géant qui tentait le Sodebo trophée Jules Verne. Quand on voit ces monstres des mers déchirer l’océan à cette allure, on se prend à rêver. En tant qu’ingénieur du bâtiment naval et plaisancier de la première heure, je suis fasciné par ces machines et les hommes qui les poussent dans leurs derniers retranchements. Le trophée Jules Verne, c’est l’Everest de la voile : un tour du monde en équipage, sans escale et sans assistance. Et sur cette montagne, l’équipe de Sodebo a laissé une empreinte indélébile.

Sodebo trophee jules verne : aux origines du Sodebo trophée Jules Verne

Il faut d’abord comprendre ce qu’est le trophée Jules Verne. Créé en 1990, ce n’est pas une course classique avec un départ groupé. C’est un record absolu du tour du monde à la voile. Les équipages choisissent leur fenêtre météo entre l’automne et le printemps pour partir battre le chrono de référence. Le parcours est fixé : il faut contourner le cap de Bonne-Espérance, le cap Leeuwin et le mythique cap Horn, en laissant les trois caps à bâbord. Aucune règle de jauge ne limite la taille des bateaux, ce qui autorise la construction de véritables prototypes volants.

C’est précisément dans cette quête de vitesse absolue que l’aventure du Sodebo trophée Jules Verne prend tout son sens. Le Team Sodebo, porté par la famille Bourgnon puis par des passionnés de vitesse pure, s’est construit autour d’une idée folle : faire voler un multicoque géant autour de la terre.

L’évolution des multicoques géants

Quand on conçoit des bateaux de cette envergure, l’ingénierie prend le pas sur la tradition. Les trimarans océaniques de 30 mètres et plus n’ont plus grand-chose à voir avec nos bateaux de croisière. Tout est optimisé : le profil des foils, le poids du gréement, la résistance de la structure. Si vous vous intéressez à la résistance des matériaux composites face à la pression de l’eau et aux chocs, je vous conseille cet excellent article sur Erwan Tabarly, l’héritier d’une lignée bretonne, qui illustre bien l’évolution des techniques de construction navale dont nous bénéficions aujourd’hui sur tous les voiliers.

Sodebo trophee jules verne : thomas Coville et la quête du Sodebo trophée Jules Verne

On ne peut pas parler de cette aventure sans citer Thomas Coville. Ce marin d’exception a porté les couleurs de Sodebo pendant des années. Son objectif initial n’était d’ailleurs pas le trophée Jules Verne en équipage, mais le record du tour du monde en solitaire. Et quel marin ! Je l’ai croisé une fois au ponton de Lorient La Base, un homme discret mais avec une détermination qui se ressent dans chaque mot qu’il prononce.

En 2016, Thomas Coville boucle son tour du monde en solitaire sur Sodebo 3 en 49 jours, 3 heures et 7 minutes. Un exploit monumental. Mais le trophée Jules Verne, lui, se court en équipage. Le passage du solitaire à l’équipage réunit une équipe de marins d’élite, capables de manœuvrer un monstre de 30 mètres de long dans des mers hostiles, de jour comme de nuit.

Un défi d’ingénierie navale

En tant qu’ingénieur, je mesure la difficulté de la tâche. Le Sodebo 4, le dernier trimaran de la génération conçu pour le trophée Jules Verne, mesure 32 mètres de long pour 23 mètres de large. C’est une plateforme de vol. Les foils géants qui le soutiennent en sont à la pointe de la technologie.

Pour vous donner une idée, sur mon Bénéteau Oceanis 35.1, un bout-dehors ou un tangon suffisent à donner du fil à retordre lors d’un empannage. Imaginez gérer une voilure d’avant de 300 mètres carrés sur un mât de 40 mètres de haut, avec 40 nœuds de vent apparent ! L’accastillage de ces bateaux est taillé dans des aciers spécifiques, les poulies sont surdimensionnées et les winchs hydrauliques sont indispensables. Chaque pièce du puzzle doit encaisser des charges dynamiques colossales. C’est de la pure mécanique des fluides et de la résistance des matériaux appliquée à l’extrême. Pour ceux qui veulent creuser le sujet technique, la page Wikipédia sur l’accastillage donne un bon aperçu des bases, même si sur ces multicoques on est à des années-lumière du matériel standard.

Sodebo trophee jules verne : la préparation d’une tentative au trophée Jules Verne 2025

Aujourd’hui, le flambeau du team Sodebo a été transmis. Le bateau a été racheté par un nouveau skipper qui continue de le faire évoluer. Avec les changements récents de propriétaire et d’équipage, l’attention des passionnés se tourne désormais vers la préparation d’une tentative pour le trophée Jules Verne 2025.

L’actualité de la course au large ne s’arrête jamais. Les windows météo s’étudient des mois à l’avance. Une tentative pour le trophée Jules Verne 2025 nécessite une préparation physique et mentale hors norme pour l’équipage, mais aussi une mise au point millimétrée du bateau pendant tout l’hiver. Le moindre grain de sable dans la mécanique peut faire échouer des années de travail.

Le rôle stratégique de la météo

En golfe de Gascogne, on sait tous à quel point la météo est capricieuse. Un simple coup de vent d’ouest nous fait modifier notre programme de sortie du week-end. Pour les prétendants au record, la météo n’est pas une contrainte, c’est la clé de voûte du projet. Le routeur météo est un membre de l’équipage à part entière. Il doit identifier une « fenêtre » : une succession de systèmes dépressionnaires qui vont pousser le bateau d’Ouessant jusqu’au sud de l’Afrique, puis dans l’océan Indien et le Pacifique.

L’océan Indien et le Pacifique Sud sont les zones de tous les dangers. C’est là que le bateau peut faire la différence, mais c’est aussi là qu’il peut se disloquer. Les vagues y sont immenses, souvent supérieures à 8 ou 10 mètres. Le skipper doit trouver le bon cap, ni trop loin au sud pour éviter la glace et les dépressions explosives, ni trop au nord pour ne pas perdre le vent portant. C’est un jeu d’équilibriste permanent.

Pourquoi le Sodebo fascine tant les marins

Je me souviens d’une sortie au large de Groix, par 25 nœuds de vent, mon Oceanis bien réglé filait 7 nœuds, et je trouvais ça déjà très excitant. Voir un Sodebo foudroyer l’horizon à 35 ou 40 nœuds de moyenne, c’est une autre dimension. Le bruit de l’eau qui sifflote sur la coque, le sillage laiteux… ces bateaux captivent l’imagination. Ils incarnent la part de rêve qui existe en chaque plaisancier : repousser les frontières de l’humain et de la machine.

Le Sodebo trophée Jules Verne représente cette volonté de repousser les limites de la vitesse à la voile. Mais au-delà de la performance pure, il y a l’humain. Le team Sodebo a toujours eu une approche très pédagogique. Thomas Coville a longtemps partagé son aventure avec un grand respect pour la mer et pour ceux qui l’ont précédé. C’est un état d’esprit qui résonne profondément avec nos valeurs de marins.

L’héritage de Sodebo dans la voile moderne

L’héritage laissé par le team Sodebo dans la course au large est immense. Le trimaran Sodebo Ultim 3 a été le laboratoire de nombreuses innovations. Les données récoltées lors des navigations à 40 nœuds ont fait avancer la compréhension de l’hydrodynamique et de l’aérodynamique des bateaux de course. Ces avancées profitent aujourd’hui à toute la filière nautique.

Même si le trophée Jules Verne est une course contre la montre, elle n’en reste pas moins soumise à des règles strictes de sécurité. Les bateaux doivent répondre à des normes précises pour le transport de matériel de sécurité et de communication. Pour ceux qui souhaitent s’assurer que leur propre bateau est en règle, le site du service public détaille les divisions applicables aux navires de plaisance, une lecture toujours utile pour le plaisancier soucieux de sécurité.

Le parcours légendaire du tour du monde

Le parcours du trophée Jules Verne est un hommage direct à l’œuvre de Jules Verne. Il reprend la route mythique des grands explorateurs. Le départ et l’arrivée se font entre un alignement imaginaire au large de l’île d’Ouessant (le Créac’h) et le phare du Lizard Point, à la pointe sud de l’Angleterre.

Une fois la ligne franchie, c’est une course effrénée vers le sud. L’Atlantique Nord et ses dépressions hivernales sont souvent le premier piège. Ensuite, il faut descendre l’Atlantique Sud, une zone souvent plus stable mais où la recherche de la bonne rotation des vents est cruciale. Le passage du cap de Bonne-Espérance marque l’entrée dans l’océan Indien, le royaume des « Grandes Lames ».

L’océan Indien et le Pacifique : le test ultime

L’océan Indien est réputé pour être le plus violent. Les dépressions s’y enchaînent à une vitesse folle, générant des mers croisées très dangereuses pour des bateaux de 30 mètres. Si la coque centrale tape dans les vagues, la structure entière vibre. Les hommes doivent tenir physiquement et psychologiquement.

Le Pacifique Sud, s’il est souvent plus régulier en termes de vent portant, demande une vigilance absolue face aux icebergs. Les radars et les images satellite sont alors les meilleurs amis de l’équipage. Enfin, le cap Horn marque la remontée vers l’Atlantique Nord. C’est souvent là que la fatigue accumulée se fait le plus sentir. La remontée de l’Atlantique Sud, puis le passage de l’équateur, avec le pot au noir et ses calmes plats, peuvent faire perdre des heures précieuses au chronomètre. Le moindre grain de sable dans la mécanique peut coûter le record.

Le trophée Jules Verne et la culture maritime bretonne

En Bretagne, la course au large est une religion. Lorient, Concarneau, Port-la-Forêt… nos ports sont des viviers de talents. Le Sodebo trophée Jules Verne s’inscrit dans cette longue tradition de marins partis défier les océans depuis nos côtes. Quand un équipage s’élance d’Ouessant, c’est toute la Bretagne qui vibre.

La construction de ces bateaux fait aussi appel à nos chantiers navals et à nos ingénieurs. C’est une fierté locale. Les étudiants en école d’ingénieur rêvent de travailler sur ces prototypes. Le trophée Jules Verne n’est pas qu’un simple record de vitesse, c’est un moteur pour notre industrie nautique et un vecteur incroyable de culture maritime.

Les leçons à tirer pour le plaisancier

On n’a pas tous un trimaran de 32 mètres dans son port, mais l’aventure du Sodebo nous offre des leçons applicables sur nos propres voiliers. La première, c’est l’exigence de l’entretien. Sur ces bateaux de course, chaque vis est vérifiée, chaque bout est inspecté. Sur mon Oceanis, j’applique la même rigueur, à mon échelle.

  • La vérification du gréement : un hauban distendu ou un ridoir fatigué peut avoir des conséquences dramatiques. Avant chaque saison, je monte au mât pour tout contrôler.
  • L’importance de la météo : ne sortez pas si vous n’êtes pas sûr de la fenêtre. Mieux vaut rester à quai à Groix que de se faire surprendre par un grain à 40 nœuds dans le raz de Sein.
  • La préparation de l’équipement de sécurité : gilets, radeau de survie, VHF… tout doit être révisé et accessible. La mer ne pardonne pas l’improvisation.

Conclusion

L’épopée du Sodebo sur le trophée Jules Verne restera comme l’une des plus belles pages de la course au large moderne. Entre prouesses technologiques, dépassement de soi et respect des éléments, cette quête du record absolu continue de fasciner. Que ce soit pour le trophée Jules Verne 2025 ou les prochaines éditions, l’aventure est loin d’être terminée.

Et vous, quelles sont vos plus belles émotions de navigation ? Avez-vous déjà suivi les traces de ces géants des mers lors de vos sorties en Bretagne ? Partagez vos anecdotes en commentaire, au carré du bateau, on a toujours de belles histoires à échanger !

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