Bateau catamaran : guide complet pour bien choisir

Bateau catamaran : guide complet pour bien choisir

« Ronan, tu vas enfin te mettre au multicoque ? » m’a lancé l’équipier de la place voisine en me voyant admirer un Lagoon 42 de passage à Lorient. Le bateau catamaran suscite la curiosité, voire la fascination, mais il soulève aussi beaucoup de questions techniques et pratiques. En trente ans de navigation sur mon Oceanis, j’ai eu l’occasion de croiser, de gréer et d’entretenir nombre de ces géants à deux coques. Si vous hésitez à franchir le pas ou si vous cherchez simplement à comprendre l’univers de la multicoque, ce guide va vous donner les clés essentielles pour y voir clair.

Pourquoi opter pour un bateau catamaran au quotidien ?

Le choix d’un bateau catamaran ne se résume pas à une question de mode ou d’esthétique. C’est un changement d’approche de la navigation. Contrairement à un monocoque, le catamaran offre une stabilité naturelle remarquable. Adieu le roulis permanent au mouillage qui vous donne mal au cœur et vous empêche de dormir. Sur deux coques, le bateau reste droit, ce qui transforme la vie à bord.

Pour un ingénieur du bâtiment naval comme moi, la répartition des masses est fascinante. Les deux coques rapprochent le centre de gravité de l’eau et l’écartement des flotteurs crée un couple de redressement très puissant. Concrètement, sur l’eau, cela se traduit par un confort de vie inégalé. Vous pouvez poser votre café sur la table sans qu’il ne finisse à la carlingue.

Côté espace, c’est le jour et la nuit. Un catamaran de 40 pieds offre souvent la surface de vie d’un monocoque de 50 pieds. Le carré, situé sur la nacelle, est baigné de lumière grâce à une vision à 360 degrés. Les cabines, logées dans les coques, sont de véritables chambres avec parfois même des lits doubles centraux accessibles des deux côtés. Pour la croisière en famille, c’est un argument de poids.

Les différents types de bateaux catamarans selon vos besoins

Il n’existe pas un seul bateau catamaran, mais plusieurs familles conçues pour des usages bien distincts. Il faut d’abord séparer le monde de la régate et du sport de celui de la grande croisière.

Les catamarans sportifs et de plage

Si vous cherchez des sensations, le catamaran de sport est votre terrain de jeu. Légers, rapides, ils se naviguent au trapèze et demandent une vraie technique physique. C’est par là que beaucoup d’entre nous ont commencé. Pour s’initier ou pour progresser, un modèle comme le Hobie 15 est un excellent compromis : maniable, robuste et parfait pour sentir le vent dans les haubans. À l’inverse, si vous cherchez un modèle transportable et ludique pour les enfants ou pour débuter en douceur, il existe aujourd’hui d’excellentes options, comme le catamaran pour enfant ou les versions gonflables très pratiques pour les plages bretonnes.

Les catamarans de croisière à voiles

C’est le cœur du marché. Des chantiers comme Lagoon, Fountaine-Pajot, Bali ou Nautitech proposent des bateaux de 35 à 60 pieds et plus. Leur but ? La grande croisière confortable. Ces bateaux privilégient l’espace de vie, la protection au vent et la facilité de prise de ris. Le prix d’un catamaran neuf dans cette catégorie représente un investissement conséquent, mais justifié par le volume et les équipements embarqués.

Les catamarans à moteur

Pour ceux qui ne jurent plus par la voile mais qui veulent le confort du multicoque, le catamaran à moteur s’impose. Idéal pour de longues croisières côtières ou des traversées rapides, il offre une stabilité parfaite et une consommation maîtrisée grâce à ses deux motorisations séparées. L’achat d’un catamaran moteur d’occasion peut être une excellente affaire si on prend le temps d’inspecter les lignes d’arbre et les résines.

Les avantages et inconvénients du bateau catamaran en navigation

Naviguer sur un bateau catamaran est une expérience différente du monocoque. Il faut adapter sa voilure et sa façon de barre. Voici ce que j’ai observé au fil des milles.

Les avantages en mer :

  • La vitesse : Un catamaran est rapide, particulièrement en reaching et au portant. Sans le poids d’un lest, il glisse sur l’eau.
  • Le faible tirant d’eau : Avec des dérives pivotantes ou des mini-quilles, vous pouvez vous approcher des plages de sable ou explorer des criques inaccessibles aux monocoques. Aux Glénan ou à Belle-Île, c’est un atout énorme.
  • La sécurité passive : En cas de retournement (ce qui reste rare), un catamaran ne coule pas. Il reste à flot, offrant un radeau de survie naturel.
  • La manœuvrabilité au port : Avec ses deux moteurs, vous pouvez faire pivoter le bateau sur place. Nul besoin de marche arrière pour prendre de l’erre.

Les inconvénients à anticiper :

  • Le prix d’amarrage : C’est le point noir. Les places de port pour catamarans sont rares et souvent facturées le double d’un monocoque de même longueur.
  • Le tangage sous spi : Sans lest pour stabiliser l’assiette longitudinale, le catamaran peut taper dans les vagues au portant par mer formée.
  • La gîte limitée : Si la gîte est un excellent indicateur de pression sur un monocoque, sur un catamaran, il reste droit jusqu’à ce que la coque sous le vent s’enfonce. Il faut donc être très attentif au barreur.
  • L’envergure : Avec 6 à 8 mètres de large, certaines places techniques ou écluses deviennent compliquées.

Comment bien choisir son bateau catamaran ?

Le choix d’un bateau catamaran dépend de votre programme de navigation. Ce n’est pas le même bateau si vous faites de la journée en baie de Quiberon ou si vous prévoyez un tour du monde.

Définir son programme de navigation

Pour de la croisière côtière, un modèle de 35 à 40 pieds est idéal. Facile à manœuvrer en équipage réduit, il offre assez de place pour un couple ou une famille. Si vous visez la grande croisière transocéanique, il faudra viser 42 pieds et plus pour augmenter la capacité d’eau et de carburant, et gagner en sécurité par mer formée. Pour ceux qui veulent tester le mode de vie multicoque avant de se lancer, la location de catamaran en Croatie est une excellente solution. Cela permet de valider ses besoins en termes d’espace et de manœuvrabilité sans immobiliser un capital.

Les critères techniques à vérifier

En tant qu’ingénieur naval, je vous conseille de regarder sous la coque avant de monter sur le pont. Voici les points de contrôle indispensables :

  • La qualité du stratifié : Recherchez d’éventuels cloquages ou signes d’osmose. Le traitement antifouling doit être récent et propre.
  • Le gréement : Vérifiez l’usure des haubans et la fixation sur les bras de liaison. Le gréement d’un catamaran subit des contraintes différentes d’un monocoque.
  • La motorisation : Deux moteurs, c’est deux fois plus d’entretien. Contrôlez les heures, les embase et la corrosion des accastillages métalliques.
  • Le pont et la nacelle : Cherchez les fissures au niveau des zones de stress, notamment autour des cadènes et des points d’ancrage des bras.
  • Les équipements de sécurité : Assurez-vous que le bateau est conforme à la réglementation maritime en vigueur pour la zone de navigation visée.

L’entretien d’un bateau catamaran : mes conseils de praticien

Entretenir un bateau catamaran demande une approche différente de celle d’un monocoque. La surface à peindre est presque doublée, et l’accès aux œuvres vives est plus complexe. Sur mon Oceanis, je mets deux jours pour refaire un antifouling. Sur un catamaran de 40 pieds, comptez plutôt quatre à cinq jours de travail acharné.

Mon astuce de carénage : Profitez de l’échouage pour inspecter les interstices entre les coques et la nacelle. C’est là que s’accumulent les algues et les coquillages. Utilisez un nettoyeur haute pression avec un angle adapté pour ne pas attaquer le gelcoat. N’oubliez pas de vérifier les sondes et les prises d’eau, souvent dédoublées sur un multicoque.

Concernant le gréement, la tension des câbles est cruciale. Un catamaran travaille énormément. Les bras de liaison fléchissent, et la tension doit être réglée au millimètre près pour éviter une usure prématurée des axes de mâts. Je recommande une visite annuelle d’un professionnel pour le gréement dormant, même si vous faites l’entretien courant vous-même.

Enfin, l’intérieur. Les coques fines des catamarans sont sensibles à la condensation. Investissez dans des chauffages à résistance ou des déshumidificateurs si vous hivernez à flot. Le développement de moisissures dans les coffres sous les lits est un problème récurrent que j’ai souvent observé sur des bateaux mal ventilés.

Les alternatives : mini catamaran et modèles gonflables

Tout le monde n’a pas le budget ni la place pour un catamaran de 40 pieds. Heureusement, le marché s’est adapté. Si vous cherchez une solution compacte pour la balade, le mini catamaran est une option séduisante. Facile à mettre sur remorque, il se monte et se démonte rapidement. C’est parfait pour explorer les criques du golfe du Morbihan ou les rias bretonnes.

Pour les plus nomades ou les budgets serrés, le catamaran gonflable a fait d’énormes progrès. Robuste et léger, il se range dans le coffre d’une voiture et se gonfle sur la plage. C’est un excellent moyen de s’initier aux joies de la multicoque sans se ruiner, tout en profitant d’une grande portabilité.

Conclusion : le bateau catamaran est-il fait pour vous ?

Le bateau catamaran n’est pas une mode passagère. Il représente une évolution logique pour le plaisancier qui privilégie le confort, la sécurité passive et l’espace de vie. Si vous en avez marre de gîter, que vous naviguez en famille et que vous avez besoin d’une plateforme stable pour explorer des fonds marins peu profonds, le multicoque est une évidence.

Cependant, il faut accepter ses contraintes : un budget d’amarrage plus élevé, un entretien plus fastidieux et une prudence de rigueur par gros temps pour éviter de faire voler une coque. Comme toujours en mer, il n’y a pas de bateau parfait, il n’y a que le bateau parfait pour vous.

Si vous envisagez l’achat d’un multicoque, prenez le temps de louer plusieurs modèles. Le ressenti à la barre est irremplaçable. Et n’hésitez pas à poser vos questions en commentaire de cet article, je réponds toujours avec plaisir aux lecteurs de maritimepassion.fr. Bon vent à tous, et peut-être se croiserons-nous entre Groix et Belle-Île !

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